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Travail sur 2 cas cliniques
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Deux cas cliniques pour réfléchir sur l'euthanasie
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Cas n°1:
L’équipe mobile de soins palliatifs est appelée un vendredi après-midi (! !) pour un patient rentré la veille pour syndrome hémorragique en rapport avec une néoplasie ORL. La demande écrite est : « soins palliatifs : cancer oropharyngé en phase terminale ». Après un entretien avec le chirurgien, le médecin de l’unité apprend que ce patient est effectivement en phase terminale d’une pathologie ORL très évolutive avec le risque majeur de rupture de la carotide interne. Le chirurgien et l’équipe sont très mal à l’aise devant la mort imminente et dramatique de ce patient qu’ils suivent depuis le début de sa maladie.
Le médecin de l’unité se rend auprès du patient, se présente et explique la raison de sa venue à savoir trouver ensemble la meilleure possibilité pour que la fin soit la moins douloureuse et la plus supportable possible. Le patient est parfaitement conscient de l’évolution de sa maladie et de l’imminence de l’issue fatale. Très vite, il commence à parler de lui et semble faire le bilan de sa vie, bien que de temps en temps son discours soit interrompu par des crachats de caillots sanguins. Ce patient de 44 ans n’est pas marié, il n’a pas d’enfant. Il a eu une vie de baroudeur comme il dit, qu’il ne regrette pas et très souvent dans son discours revient la notion de fin proche qu’il trouve complètement injuste. Il exprime son angoisse par rapport à cette mort imminente. Cela le renvoie également au décès de sa mère, morte dans des circonstances qui lui semble très identiques, à savoir hémorragie digestive sur rupture de varices œsophagiennes. Il émet le souhait de revoir le chirurgien parce que dit-il : « j’ai une question à lui poser ».
Le médecin de l’unité fait part au chirurgien de la demande du patient. Celui-ci semble très angoissé à l’idée d’être à nouveau obligé de rentrer dans la chambre et demande expressément au médecin de l’unité de l’accompagner. Les deux médecins rentrent donc dans la chambre du patient qui semble ravi de voir apparaître devant lui le chirurgien. Après les «politesses habituelles», le patient exprime au chirurgien son angoisse de mort en lui disant : « je crois bien que c’est fini maintenant ». Le chirurgien le prend par l’épaule et lui dit : « mais non, mais non, tout va s’arranger, vous allez voir demain matin tout ira mieux ». Puis le chirurgien ressort de la chambre avec le médecin de l’unité et lui avoue : « je ne pourrai jamais faire le métier que vous faites ». Le médecin de l’unité retourne dans la chambre et le patient prend d’emblée la parole en disant qu’il a eu ce qu’il voulait, qu’il a bien senti que le chirurgien n’avait pas pu lui dire la vérité mais qu’il avait bien compris par son attitude et son regard qu’il n’y avait effectivement plus rien à faire sur le plan curatif ni pour éviter cette mort imminente.
Il continue à refaire le bilan de sa vie et à raconter toute son histoire puis à nouveau il fait part d’une sensation de très grande injustice, d’impuissance et d’angoisse. En effet, il sait parfaitement que la carotide risque de rompre à tout moment entraînant une hémorragie cataclysmique. Le médecin de l’unité lui propose alors deux alternatives :
1°) soit mettre en route dès maintenant une perfusion d’un agent sédatif entraînant une sédation dont la profondeur sera modulable selon la dose utilisée, et dont l’action est réversible (il suffit d’arrêter la perfusion pour obtenir le réveil du patient)
2°) soit laisser la possibilité que les infirmières puissent, si une hémorragie importante survient, mettre aussitôt en place une perfusion entraînant une sédation quasi immédiate afin qu’il s’endorme durant les quelques minutes qui s’écouleront avant sa mort inéluctable.
Après une longue réflexion et après avoir pesé le pour et le contre, le patient préfère recevoir la sédation uniquement au moment de l’hémorragie puisque dit-il : « j’ai encore plein de choses à dire ».
Avant de partir, le médecin de l’unité s’entretient avec toute l’équipe soignante du service, en expliquant les deux propositions qu’il a faites et le choix du patient. Il fait sa prescription à savoir HYPNOVEL ® (midazolam) en IV direct à raison de 10 mg en flash, suivi d’une perfusion continue à raison de 5 mg/h.
Une heure après, le médecin de l’unité revient dans le service. Mais une hémorragie cataclysmique est apparue une ½ heure après son départ. Le patient a effectivement sonné aussitôt permettant à l’infirmière, arrivée immédiatement, d’injecter l’HYPNOVEL comme prescrit, permettant ainsi au patient de mourir avec un « visage détendu » selon les dires de l’équipe soignante.
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Cas n°2 (en savoir plus sur Debbie)
L’appel est arrivé au milieu de la nuit. Interne en gynécologie, intervenant au sein d’un grand hôpital universitaire, j’en suis venu à détester les appels de nuit, parce que je suis alors réveillé pour plusieurs heures et que je ne me sens généralement pas bien le lendemain. Cependant, n'écoutant que mon devoir, je répondis au téléphone. L’infirmière m’informa qu’une patiente avait des difficultés à trouver le repos, me demandant si je pouvais passer la voir. Elle était au 3ème nord. C’était l’unité d’oncologie gynécologique, pas du tout mon lieu habituel de travail. En me dirigeant là bas, encore endormi et n’arrivant pas à croire que j’étais encore debout à une heure pareille, j’essayais d’imaginer ce que j'allais trouver à la fin de ma marche. Peut-être une vieille femme anxieuse, ou peut-être autre chose de particulièrement horrible. J’ai pris connaissance du dossier dans le bureau de l’infirmière sur le chemin de la chambre de la patiente et l’infirmière m’a donné quelques détails supplémentaires : une jeune fille de 20 ans, appelée Debbie était en train de mourir d’un cancer ovarien. Elle présentait des vomissements incoercibles. " Hum " pensais-je " moche, très moche ".
Comme j’approchais de la chambre, je pouvais entendre sa respiration bruyante et laborieuse. Je suis entré et j’ai vu une femme brune maigre qui paraissait avoir beaucoup plus que 20 ans. Elle recevait de l’oxygène par voie nasale, elle avait une perfusion et était assise dans son lit, avec de grandes difficultés à respirer. Le dossier indiquait que son poids était de 40 kg environ. Une deuxième femme, également brune, mais d’âge moyen, était à ses côtés, tenant sa main. Elles se tournèrent toutes deux vers moi quand je suis entré. La pièce semblait pleine des efforts désespérés de la patiente pour survivre. Ses yeux étaient clos et elle avait un tirage supra sternal et intercostal avec des inspirations très rapides. Elle n’avait ni mangé, ni dormi depuis deux jours. Elle ne répondait pas à la chimiothérapie et on s’efforçait de lui donner des soins de confort. C’était une scène difficile, une raillerie cruelle de sa jeunesse et de son potentiel inexploité. Les seules paroles qu’elle m’a adressées furent " finissons-en avec ça ! ".
Je me retirais vers le bureau des infirmières, tout seul avec mes pensées. La patiente était fatiguée et nécessitait du repos. Je ne pouvais pas lui redonner la santé, mais je pouvais lui donner son repos. J’ai demandé à l’infirmière de préparer 40 mg de morphine dans une seringue. Assez, pensais-je, pour faire le travail. Je rentrais avec la seringue dans la chambre et dit aux deux femmes que j’allais donner à Debbie quelque chose pour qu’elle puisse se reposer et qu'elle pouvait dire au revoir. Debbie a regardé la seringue. Elle a laissé tomber sa tête sur l’oreiller avec ses yeux ouverts, regardant autour d'elle. J’ai injecté la morphine intraveineuse et attendu de voir si mes calculs seraient corrects. Après quelques secondes, sa respiration s'est ralentie jusqu’à une fréquence normale, ses yeux se sont fermés et ses traits se sont adoucis comme si elle était enfin en repos. La femme la plus âgée caressait les cheveux de la patiente, maintenant endormie. J’ai attendu l’inévitable effet suivant qui était la dépression du rythme respiratoire. Avec une précision d’horloge, au bout de quatre minutes, la fréquence respiratoire a diminué encore puis elle est devenue irrégulière, puis s’est arrêtée. La femme brune est restée debout et semblait soulagée. "C’est fini Debbie ".
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| Dernière mise à jour : (
19-03-2005 ) |
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